Le Parlement européen vient d’adopter un accord majeur dans le cadre de la nouvelle réglementation européenne sur les services de paiement [ii]. Cet accord prévoit que les consommateurs pourront désormais retirer entre 100 et 150 € en espèces dans n’importe quel commerce, sans obligation d’achat. La mesure vise à compenser la disparition progressive des distributeurs automatiques, notamment dans les zones rurales. Si la Fédération Patronale Interprofessionnelle SDI reconnaît la nécessité de garantir l’accès au cash pour tous les citoyens, elle s’oppose formellement à la mesure en alertant sur ses conséquences concrètes pour les commerçants, en particulier les petits indépendants et les PME.
L’accord doit encore être formellement adopté par le Parlement et le Conseil avant de pouvoir entrer en vigueur. Dans l’affirmative, les commerces deviendront de facto des points de retrait de cash, alors même qu’ils ne sont pas formés ni équipés pour assumer ce rôle bancaire, qu’ils devront conserver des montants plus élevés en caisse, qu’ils s’exposeront à un risque de vol accru et qu’ils devront absorber la charge opérationnelle liée à la gestion des espèces.
« L’Europe veut transférer aux petits commerces la mission que les banques ont progressivement abandonnée », souligne Daniel Cauwel, président du SDI et membre de Brupartners-Entrepreneurs Indépendants. « Les commerces ne peuvent pas devenir malgré eux les guichets automatiques de l’Europe. »
Le SDI comprend la logique européenne : dans de nombreuses communes, les distributeurs de billets disparaissent et l’accès au cash devient un enjeu d’inclusion financière. Cependant, cette transition ne peut en aucun cas se faire sur le dos des commerçants.
Le projet prévoit que le retrait se fasse via carte à puce et code PIN, afin de limiter les abus.
Toutefois, le SDI estime que cela ne suffit pas à garantir la sécurité physique des commerces ni à compenser leur exposition à la criminalité.
Pour qu’une telle mesure soit soutenable, le SDI appelle les autorités belges et européennes à :
1. Assurer la sécurité des commerces par un accompagnement spécifique, un renforcement des patrouilles locales et des mesures préventives ciblées.
2. Prévoir une compensation pour la charge opérationnelle, notamment si les commerces doivent maintenir un fonds de caisse plus important.
3. Garantir que les commerçants ne soient pas tenus responsables en cas d’agression ou de vol liés à la nouvelle obligation.
4. Clarifier la portée exacte de l’obligation, afin d’éviter que les commerces ne deviennent systématiquement des guichets sans alternative.
5. Mettre la pression sur les banques pour qu’elles respectent leurs engagements en matière de distribution de cash, notamment via Batopin.
« Nous soutenons l’objectif d’un meilleur accès au cash », déclare Daniel Cauwel. « Mais il est essentiel de ne pas transformer les commerces en intermédiaires financiers malgré eux. Il serait totalement inacceptable d’obliger les commerçants à payer le prix du désengagement des banques. »



























